AMAP
de la Goutte d’Eau

Un arboriculteur heureux , sans doute,

philosophe et passionné, c’est sûr !

vendredi 6 avril 2007 par Francine

Dimanche 3 septembre 2006 , il nous a dit tellement de choses, Monsieur Bertrand Godebout, sur ses pommes et pommiers que je ne sais par quelle branche commencer !

Un grand verger perdu au milieu des bois : le verger du Petit Bois, près de Jarzé. Calme, verdure, espace, tranquillité, silence (à part le gros avion de 17 heures en provenance de Londres, un brin d’ « exotisme »). Un magnifique lieu de travail, c’est ce que dit Bertrand !

Des pommes plein les rameaux, de toutes les couleurs, de toutes les tailles, de toutes les variétés . Bertrand nous les a toutes présentées, une à une avec chacune ses particularités gustative, de croissance et aussi ses faiblesses. Qui s’attaque à qui et comment il y remédie. Ici pas de bruit obsédant de tracteurs vaporisant des produits chimiques à gogo, pas de goutte à goutte chargé d’éléments « nutritifs », pas d’allées défoncées , de terre éventrée par les passages incessants des tracteurs de traitement, pas d’odeurs nauséeuses de cocktails d’insecticides, fongicides, herbicides….

Ici, de l’herbe, des arbres, des bois. Ici, tout d’abord, Bertrand observe, suit les saisons, la météo. Une petite bête sur les pommes, des feuilles recroquevillées… Premier principe : pas de panique, Deuxième principe : il ne s’agit pas de lutter contre, mais de « vivre avec » Au rayon bestioles, il y en a une multitude . On pourrait se demander comment les pommes font pour pousser. C’est ça le miracle de la biodiversité ! Quelques exemples que nous a donnés Bertrand : Premièrement, pas d’insecticide, même pas de la roténone (insecticide « biologique »). Il n’est pas sélectif et tue tout y compris les coccinelles.

Les reines de reinettes sont envahies par un acarien. Pas d’inquiétude, la nature est bien faite, un acarien prédateur pas plus visible à l’oeil nu que le précédent arrive tout seul et se charge de lui.

Les anthonomes attaquent. Des petits vers qui se mettent dans les bourgeons floraux et mangent tout. Bertrand veille. Soit, il passe un petit coup de bouillie bordelaise avec de l’huile de pin et ça suffit . Soit, on est dans une « année coton »(des manchons de fleurs de pommiers), alors là, merci les anthonomes, ils limiteront la profusion de pommes.

Des pucerons ? Pas de souci, un passage de tisane d’ortie ou de purin d’ortie maison et le tour est joué.

Il y a aussi les pulvérisations d’argile, le matin , à la rosée. Ca « colle » les pucerons et les acariens, ça protège les troncs des arbres nouvellement greffés des brûlures du soleil. A l’avenir, il sèmera de la menthe au pied des pommiers, les fourmis détestent. Elles ne viendront pas, donc elles n’apporteront pas leurs élevages de pucerons. Et le carpocapse me direz-vous ? On y vient. Ce joli vers dodu qui s’infiltre sournoisement dans la pomme et que vous retrouvez gigotant et offusqué quand vous venez de croquer à côté de son domicile. Celui-là, l’heureux élu aura évité tous les pièges que Bertrand a disposés dans son verger : 100 à l’hectare, de petits bouts de fils électriques enduits d’hormones femelles qui sont accrochés tous les deux arbres avec un renforcement en bout d’allée. Il y en a tellement de ces pièges que ces pauvres mâles sont tout déboussolés et y perdent si ce n’est leur latin, en tout cas leurs femelles.

Attention, n’essayez surtout pas ce système dans votre jardin . Il faut un minimum d’hectares sous peine de voir rappliquer tous les carpocapses mâles du quartier ! Par contre , vous pouvez tester le carton ondulé que vous enroulerez autour des grosses branches de votre pommier ou que vous poserez au sol. Le carpocapse dans son aveuglement pensera trouver une belle écorce pour en faire son refuge d’hiver. Il vous suffira de détruire le carton au milieu de l’hiver. Vos poules raffolent également de ce vers grassouillet.

Un peu de données techniques pour les amateurs :

  • installation en novembre 94. Un CAP de menuisier, un BEPA d’arboriculture en poche, Bertrand a d’abord travaillé chez les autres : vaches laitières, poulets, pommes de terre…. Puis son patron arboriculteur souhaite arrêter parce que la filière va mal et lui propose de racheter. C’est l’occasion, Bertrand se lance.

Il a greffé lui-même une grande partie de son verger, s’est fait traiter de « fou » pour cela. Il a choisi avec soin des porte-greffes adaptés à sa terre. Aujourd’hui, il ne regrette pas, même si la production n’est pas toujours à la hauteur des espérances ( grêle terrible de 2002 ; faible production de l’an dernier…). Le bonhomme rebondit.

L’entreprise 22 hectares : 15 de céréales, 6,5 de vergers, le reste en haies et chemins. Des haies, Bertrand en a planté dès son installation, ce sont ses niches à auxiliaires.

Bertrand est propriétaire des vergers mais loue les terres

Son verger : 1600 pieds à l’hectare

10 traitements environ par an

5kg de pommes, c’est 35 pommes environ ( ça c’est pour vos commandes !)

Il dit qu’on dit un « bonhomme » pour 3 hectares. Bertrand en a 6. Et pourtant, il prend des vacances !!!

Bertrand nous a raconté encore beaucoup d’autres choses sur la cueillette, la taille , l’entretien des terrains, les outils, les chevreuils qui se servent dans ses pommiers, les lapins, sa poneyte qui se nourrit de cox orange…. Demandez-lui de vous le raconter , à moins que vous ne vouliez qu’on organise une autre visite !

Pour notre part, nous avons pu vérifier ce dicton : « Mars venteux, verger pommeux » Pour cette année, ça marche !

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[1] Dominique


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