AMAP
de la Goutte d’Eau

Lettre d’Alimea décembre 2014

samedi 27 décembre 2014 par Francine

Nous vivons une récolte tourmentée cette année ce qui oblige à changer notre organisation très souvent, gymnastique stressante et consommatrice d’énergie. Il faut faire avec les hasards climatiques et l’adaptation est nécessaire pour continuer à produire et récolter.

Première lettre depuis juin où je vous disais nos angoisses par rapport au manque de pluie ... qui durait à la louche depuis le mois de septembre précédent.

Épisode suivant, un été couvert, les nuages, nombreux, passant sur l’île, humidité dans l’air mais en fin de compte peu d’orages et de "pluies efficaces". Le vrai beau temps ensoleillé et la chaleur se sont installés quand ce n’était plus de saison : de septembre à fin octobre. Le climat d’automne a battu tous les records historiques (1 siècle de relevés météo) et au lieu de reverdir le maquis, les bords de route et de champs ont fini de sécher. Jusqu’au début novembre.

Et nous dans tout ça ?

Nous dépendons d’un barrage de montagne sur l’Alesani, à sec en octobre, l’office hydraulique en profitant pour faire des travaux de réfection (sur ma photo, la crépine qui aspire l’eau, posée sur la boue au fond du barrage vide) et de la digue de Peri (alimentée par le barrage d’Alesani, elle sert de réserve de distribution vers les terres irrigables alentour) quasiment vide fin octobre.

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Alesani

crépine

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Digue de Peri
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Digue Peri

Début novembre les vergers devaient encore être arrosés toutes les semaines et il s’en est fallu de peu pour qu’on arrive au bout des réserves.

L’absence de canicule a été favorable à la nouaison (période clé des récoltes à venir, elle suit immédiatement la fin de la floraison). Moins de stress thermique s’est traduit par un taux de chute de petits fruits plutôt faible et au final un nombre de fruits important par arbre. Un bon point pour la récolte. Fin août, les fruits bien que nombreux étaient en moyenne plutôt gros pour la saison, annonçant une très belle récolte. Puis avec le manque de pluie de septembre/octobre le grossissement s’est ralenti fortement. Nous avons dû revoir nos estimations à la baisse.

Ce temps a favorisé la multiplication des insectes et notamment la mouche méditerranéenne consommatrice de fruits dont les piqures peuvent provoquer des dégâts énormes. son impact était déjà très fort sur les fruits d’été (abricots, pêches) et nous avons posé des pièges en masse en septembre pour protéger les clémentines précoces. Bon choix car l’automne particulièrement chaud lui a permis de rester en activité beaucoup plus longtemps que l’habitude. Nous avons perdu la plus large part des clémentines précoces à peau fine (la variété Corsica) et elle a aussi occasionné des pertes - heureusement limitées - sur la Caffin (précoce mieux protégée par sa peau plus épaisse) et sur les variétés de pleine saison (en principe protégée par la baisse des températures qui limite les populations d’insectes)

Il a été très favorable à la qualité gustative des fruits mais l’absence de rosée et de fraicheur nocturnes a complètement bloqué la coloration de la peau des clémentines (ou plutôt la dégradation naturelle de la chlorophylle qui révèle les autres pigments - exactement comme pour les feuilles des arbres à l’automne). Résultat, avance de maturité interne mais début de récolte retardé car les clémentines étaient restées vertes. Le retard n’était pas en soit catastrophique car une clémentine mûre se conserve 2 mois sur l’arbre. Il a fallu patienter, producteurs, clients et ouvriers saisonniers venus spécialement pour la récolte.

La pluie est arrivée en novembre, enfin ! Promesse de sécurité pour les vergers et cultures, porteuse d’humidité et de fraicheur.

Plusieurs épisodes nous ont éprouvés :

Le 28 novembre, jour d’alerte rouge pendant lequel nous avons pourtant récolté toute la journée puisqu’il ne pleuvait qu’en montagne mais pas chez nous sur la côte orientale. Une vague d’eau est arrivée et a immergé le bas des arbres dans toute la propriété de Renaud Dumont en quelque minutes. Heureusement juste après la fin de la journée de cueillette. La dernière remorque était remontée et Renaud s’est trouvé pris en allant récupérer sa voiture au fond du verger. Pour sauver son véhicule, de justesse, il lui a fallu démonter la clôture et remonter dans le pré voisin. Gros coup de stress, surtout en pensant que toute l’équipe était sur place une demi heure avant. 3 heures plus tard, l’eau était redescendue dans le lit de la rivière sans emporter de terre, ni d’arbres et sans déposer de troncs ni de déchets. Peu de dégâts, un gros coup de chance !

Nous avons aussi été quasiment épargnés par les passages de grêle de décembre ! Là aussi, il s’en est fallu de pas grand chose que ça vire à la catastrophe.

La pluie sur novembre et décembre a fait perdre quelques jours de cueillette (les agrumes ne se cueillent pas trempés) de loin en loin. Mais la forte pluviométrie a eu une incidence sur les clémentines : elle a accéléré l’évolution des fruits. Nous avons dû mettre les bouchées doubles à la cueillette pour finir la récolte au plus tôt. Nous aurons vécu une des saisons de clémentines les plus courtes du verger. La récolte a été retardée en son début mais impossible à simplement décaler dans le temps. C’est le fruit évoluant dans son environnement qui dicte sa loi : il n’y a de bonne saison qu’une fois les fruits récoltés, la récolte sauvée.


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